Le monde de la musique, et plus particulièrement de la distribution au public, a beaucoup évolué au cours des 30 dernières années. Il se retrouve aujourd'hui à un point critique qui pourrait, selon certains experts, amener la fin de la vente d'albums et le début de la gratuité de la musique. Lars Ulrich, batteur de Metallica, a poursuivi Napster en 2000 parce que le logiciel rendait disponible illégalement leur musique. Aurait-il alors dû aller plus loin? Est-ce que l'industrie peut se sauver elle-même de la crise à laquelle elle fait face depuis quelques années?
Au Royaume-Uni, au début de décembre, les compagnies de distribution de musique indépendante Pinnacle Entertainment et Entertainment UK (EUK), responsables de la distribution de la musique de plus de 400 maisons de disques indépendantes, éprouvent de graves problèmes financiers qui les mènent à la faillite. Chez nous, Distribution Fusion III s'est placée sous la protection de la Loi sur la faillite au début du mois de décembre, et a dû renvoyer des milliers d'albums à des étiquettes de disque indépendantes, dont environ 12 000 au label jazz Effendi, tel que rapporté par Alain Bédard, président de l'étiquette, à cyberpresse.ca. Encore au Royaume-Uni, la chaîne de magasins Woolworths (qui était fournie par EUK) ferme progressivement ses magasins, et la chaîne Zavvi envisage opter pour la même solution. Souvenons-nous que la chaîne Music World, qui était alors la dernière chaîne canadienne de magasins de musique, a définitivement fermé les portes de toutes ses succursales à la fin de l'année 2007.
À différents endroits, des obstacles semblables perturbent le monde de la musique. L'hypothèse la plus répandue est bien sûr celle qui accuse le téléchargement illégal de musique. Même le téléchargement légal, que ce soit par iTunes, Archambault Zik ou Amazon, nuit au format CD. Bien que le téléchargement soit évidemment en partie responsable des problèmes de l'industrie, il faut aussi chercher ailleurs, parce que, bien que les ventes de CD soient en baisse partout, les ventes de vinyles sont en hausses, et les boutiques indépendantes les offrant se multiplient. Même les grandes chaînes, qui n'ont pas le choix de suivre la tendance si elles veulent attirer cette clientèle, ont maintenant des sections réservées à ces ancêtres du CD.
Pour survivre, tous devront faire preuve d'ingéniosité, et innover dans les domaines sur lesquels ils ont le plus de contrôle. Pour plusieurs artistes, ce sera dans les méthodes de distribution de leurs albums. Comme l’ont fait les groupes Nine Inch Nails, qui a offert son album The Slip (2008) en téléchargement gratuit sur son site web, Radiohead, qui a choisi de laisser les fans payer un montant de leur choix pour l'album In Rainbows (2007), ou encore le groupe québécois eXterio, qui offre L'album monstre (1ère partie : Le complot) en magasin, la deuxième partie sur Internet plus tard et la troisième partie à leurs spectacles seulement. Pour d'autres, l'emphase sera mis sur le visuel, l'art qui accompagne l'album, à l’instar de Tool, qui a offert une pochette impressionnante (lunettes intégrées à la pochette, permettant de visionner en trois dimensions les images du livret) avec leurs dernier album, 10,000 Days (2006). D'autres encore offriront des items qui ont leur place dans une collection, comme plusieurs groupes qui ont offert leurs derniers albums en package CD-DVD-Vinyle, ou des coffrets offerts en nombre limité.
La fermeture de nombreux distributeurs annonce peut-être simplement la diminution du nombre d'intermédiaires entre les artistes et les consommateurs de musique. Dans une telle situation, ce sont les magasins qui devront faire un effort supplémentaire pour aller chercher la musique directement à l'étiquette de disque, ou même à l'artiste self-released. Ils pourront alors vendre la musique moins cher.
La facilité de partage de musique sur Internet n'a évidemment pas aidé à ce que les labels, magasins et distributeurs de musique prospèrent, mais cela aura aidé plusieurs groupes, par le biais de Myspace, à émerger et à se faire connaître des étiquettes de disques majeures. Avec des menaces de poursuites l'an dernier, et même une condamnation aux États-Unis pour téléchargement illégal de musique, on aurait cru, et surtout voulu, que le phénomène diminue au moins un peu. Mais apparemment, les consommateurs ne sont plus prêts à payer pour leur musique. Certains prédisent l'arrivée de la distribution gratuite de musique, surtout avec la quantité d'artistes qui suivent l'exemple de Nine Inch Nails et Radiohead. Alors que plusieurs personnes pourraient être heureuses de la situation parce que celle-ci rend la musique plus disponible, il faut réaliser que les groupes devront faire leurs frais quand même et que ceux qui réussiront seront ceux qui ont déjà une carrière bien établie.
Bien sûr, peut-être que dans cinq ans, les choses auront encore changé, et rien de tout cela ne sera plus vrai. Par contre, ce qui ne change pas, c'est que l'industrie devra s'adapter à ce que le consommateur devient; c'est-à-dire plus pressé, plus exigeant et plus économe. Dans les mots de Franz Schuller, président d'Indica : «Il faut faire plus avec moins, il faut accepter de travailler très fort sur le long terme en sachant que les chances de faire beaucoup d’argent sont presque inexistantes aujourd’hui. C’est la passion qui compte, ceux qui l’ont feront encore de belles choses en musique, les autres iront vendre des chaussures».