20 avr. 2009
14 avr. 2009
Scalp it!
Le 4 avril dernier à 10h, les portes de billetteries de la ville de Québec s'ouvrent devant plusieurs centaines de fans prêts à acheter leurs billets pour le spectacle de Metallica le 31 octobre prochain. À ce moment, Stéphane Marceau (voir la première page des journaux du 5 avril) faisait la file depuis déjà près d'une journée au Colisée Pepsi. Les premiers billets qui lui ont été offerts étaient situés dans les galeries et, bien que la pré-vente ait été très forte à cause de l'histoire de mot de passe qui circulait librement, on se demande quand même comment ils ont pu lui trouver des billets qui, techniquement, n'existaient plus à ce moment-là.
Si on en croit ce que Trent Reznor, chanteur de Nine Inch Nails, affirme sur le forum du site web du groupe, nin.com, les promoteurs mettent de côté des billets qu'ils revendent à ceux qu'on appelle plus souvent des scalpers, qui eux revendent les billets au prix qu'ils évaluent selon l'offre et la demande, en ajoutant à l'équation la qualité du siège parce que, si on se fie au marché, le public est prêt à payer plus chers pour certain billets que le prix qui est demandé en billetterie.
Quelques minutes seulement après la mise en vente officielle de billets de spectacles, il est facile de retrouver sur des sites de revendeurs affiliés (par exemple, TicketsNow donne un pourcentage de ses ventes à Ticketmaster) des billets de spectacle qui valent 195$ (pour le spectacle de Céline Dion au Centre Bell) à un prix allant de 500 à 1500$.
Une part d'artistes se battent contre cette pratique (Pearl Jam a poursuivi Ticketmaster, il y a une dizaine d'années, Bruce Springsteen plus tôt cette année) mais d'autres acceptent et trouveront normal de vendre un billet au prix que les gens sont prêt à le payer. Ils ne le diront pas parce que c'est un manque flagrant de respect envers leurs fans, mais le fait de faire plus d'argent leur paraît apparemment plus important.
Les lois de quelques provinces canadiennes tentent de réglementer et de punir les scalpers, mais des compagnies comme Ticketmaster et Live Nation les protègent parce qu'ils sont des partenaires commerciaux. Des enquêtes sont présentement en cours afin d'associer directement TicketsNow et Ticketmaster, et de prouver qu'il y a fraude envers les acheteurs de billets. Un recours collectif contre Ticketmaster est même déjà en route afin de rembourser les fans de Bruce Springsteen qui ont été redirigé automatiquement sur le site TicketsNow lors de la mise en vente des billets pour son spectacle de Toronto.
Avec la fusion possible de Ticketmaster et Live Nation (les 2 plus gros vendeurs en Amérique), le danger est un monopole sur le contrôle des amphithéâtres et arénas. Il existe bien sûr des promoteurs indépendants, mais leur pouvoir s'arrête aux petites salles car ils n'ont pas les moyens nécessaires pour faire affaires avec des artistes capables de remplir un stade, un amphithéâtre, etc.
Un nouveau moyen de vendre les billets (ironiquement mis en place par Ticketmaster), qu'on appelle paperless, permettra aux fans de simplement présenter la carte de crédit avec laquelle ils ont acheté leurs billet ou une autre pièce d'identité afin d'avoir accès à la salle de spectacle; aucun échange de billets n'aura lieu, ce qui évitera la possibilité de revendre le billet. Ticketmaster souhaite ainsi éliminer le scalper selon sa définition la plus populaire en s'assurant que la personne qui achète le billet est la personne qui ira au spectacle.
Nous ne sommes malheureusement plus à l'époque où les scalpers étaient les ennemis des promoteurs et des artistes. Ils sont maintenant du côté de ceux-ci, et ils nuisent aux fans. Dans une situation globale où la musique se bat pour survivre, on verra soit la fin des grands spectacles en stades à prix abordables, soit l'arrivée de dizaines de promoteurs indépendants qui s'associent afin d'offrir le meilleur spectacle au meilleur prix possible au plus grand nombre possible, afin de permettre à la musique de continuer à avoir toute la visibilité qu'elle mérite.